Conférences tout public

Dans le cadre de sa mission de responsabilité sociétale des universités, l’Université Paris Nanterre souhaite mettre en valeur la recherche universitaire dans une perspective d’ouverture à la communauté citoyenne. Bien souvent négligé, le partage des savoirs à un public non universitaire est en effet une mission essentielle de l’Université.
Dans ce but, les conférences sont ouvertes à toute personne intéressée, il n'est pas nécessaire de s'inscrire à l’Université de la Culture Permanente pour y assister. L'accès est libre et gratuit.
Elles ont lieu le jeudi de 14 à 16 heures, en amphi A2, Bâtiment Rémond.

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22 janvier - Le populisme de Trump à l’épreuve du pouvoir

Par Elisa Chelle

Donald Trump est le 47e président du peuple américain. Sa nette réélection a surpris nombre d’observateurs qui s’attendaient à un scrutin des plus serrés. Sa victoire est celle du populisme, mot souvent employé mais rarement défini. Le populisme a une longue histoire aux États-Unis, depuis les mouvements agraires face à l’industrialisation au XIXe siècle aux diatribes de Ronald Reagan contre « l’élite de Washington ».

Ce que recouvre le terme de « populisme » varie dans le temps, mais aussi dans l’espace. Dénonciation de l’establishment, idéalisation de la volonté populaire ou leadership charismatique : autant d’ingrédients qui gagnent la vie politique en Europe, dans les Amériques et en Asie depuis les années 1990.

L’élection de Donald Trump marque l’installation durable d’un populisme vindicatif dans la démocratie la plus puissante du monde. Le fonctionnement de cette démocratie est propice à ces revendications. Tout d’abord, les groupes de la société civile sont plus légitimes à influencer les règles de la vie en commun. Ce n’est pas un État centralisé qui définit l’intérêt général, mais le peuple mobilisé qui défend ses intérêts. La liberté d’expression, protégée par la Constitution, les rend particulièrement audibles. Les intérêts de la société civile forment ainsi l’intérêt général, à rebours de la vision française qui les dénonce comme « intérêts particuliers ».

Le populisme de Trump s’inscrit dans une mutation profonde de la représentation démocratique. Il est un art oratoire d’imitation du style populaire avec ses incohérences et ses contradictions. Cette politique de la présence sinon de l’incarnation fait écho aux réalités déformées ou extravagantes propagées via les réseaux sociaux. En politique, la vérité c’est ce qui plaît. Trump, comme d’autres leaders charismatiques dans le monde, avec son style paranoïaque mais compréhensible du plus grand
nombre, avec son chauvinisme de la prospérité, avec sa rhétorique d’une politique qui prime le droit, a infléchi les cadres traditionnels de la délégation électorale. C’est ce style qui a su capter l’attention d’un électorat se sentant déclassé par la globalisation ou marginalisé par l’immigration. À l’heure où la France se prépare à l’après Macron, cette conférence reviendra sur les ressorts d’une conflictualité sociale exacerbée dans un contexte de déséquilibre démocratique. De quoi cette défiance peut-elle accoucher lorsqu’un tribun populiste accède au pouvoir ? Les contre-pouvoirs, même fragilisés, ont-ils joué leur rôle ? Comment les institutions, usées par la contestation, peuvent-elles intégrer un programme d’action se targuant d’être en rupture avec tout ce qui s’est fait depuis leur naissance ?

Elisa Chelle est professeure agrégée de science politique à l’Université Paris Nanterre depuis 2019. Elle est également rattachée à Sciences Po, où elle mène plusieurs projets de recherche. Elle est rédactrice-en-chef de la revue Politique américaine depuis 2020. Elle est membre junior de l’Institut universitaire de France, un programme d’excellence du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche.

Depuis l’automne 2022, elle est intervenue plus d’une centaine de fois dans les médias pour commenter les élections américaines (matinales de France Inter, RTL, TF1 ou France Info TV, Affaires étrangères sur France Culture, 28 minutes sur Arte, C dans l’air sur France 5, Calvi 3D sur BFMTV…). Son dernier ouvrage, publié chez Odile Jacob, est intitulé La démocratie à l’épreuve du populisme : les leçons du trumpisme (2025). Outre ses fonctions au Conseil national des universités, à l’Institut de
recherche stratégique de l’École militaire, à l’Institut des Amériques, à l’Association française de science politique, à l’Association internationale de science politique, à l’Association américaine de science politique, elle a été récemment invitée dans les universités de Columbia, Georgetown et Cornell.

29 janvier - Approche cognitive de la transition écologique

Par Morgan Beaurenaut

Aborder la transition écologique sous le prisme cognitif, c’est tenter de comprendre comment les processus mentaux (perception, prise de décision, coût, cognition sociale…) influencent les comportements pro-environnementaux. Dans cette intervention, nous discuterons comment la connaissance de la cognition pourrait aider à sensibiliser, motiver et engager les individus et les collectivités à adopter des pratiques durables. L’objectif est d’identifier les leviers psychologiques et sociaux facilitant le changement vers des modes de vie plus respectueux de l’environnement. Vous découvrirez des exemples d’études scientifiques issues de la littérature en psychologie de
l’environnement et de la durabilité, la méthodologie empruntée et les interventions mises en place ou envisagées, pour avoir un aperçu de ce domaine qui tente de remettre l’humain, ses mécanismes, ses biais et ses interactions sociales, au cœur de la transition écologique.

Morgan Beaurenaut, maître de conférences au Laboratoire sur les interactions Cognition, Action et Émotion (LICAÉ) à l’Université Paris Nanterre depuis 2022, je travaille dans le domaine des neurosciences affectives. Mes travaux portent notamment sur la cognition alter-centrée c'est-à-dire comment nos perceptions, actions et décisions sont influencées par les autres, et en particulier en situation d’urgence. Depuis 2020, mes recherches, mon enseignement et mes actions de vulgarisation intègrent la question de l’urgence climatique. Je suis responsable d’un enseignement à Aix-Marseille Université sur les approches cognitives de la transition écologique, j’ai réalisé des interventions sur la cognition sociale et l’éco-anxiété et j'ai construit des ateliers de vulgarisation sur les biais cognitifs dans la mise en place de
comportements éco-responsables."

5 février - La destruction dans l'art

Par Hugo Bernard

Quel point commun existe-t-il entre un tableau fait avec des détritus, un poème composé de mots tronqués et un film dont la bande sonore n’a aucun lien avec les images ? Réponse : ces œuvres d’art sont issues de ce que l’on nomme une « destruction ». Bien que ce procédé soit aujourd’hui associé aux artistes contemporains, la destruction apparaît pourtant dans le contexte de la Première Guerre mondiale, avec le mouvement Dada, pour ensuite être généralisée à plusieurs arts dans les années 60 par le Lettrisme. Ainsi, cette conférence propose de découvrir les créations majeures de cette période pour comprendre ce que « détruire » signifie au sein
d’une œuvre d’art, et dans l’art en général. Parcourant différentes disciplines (peinture, poésie, cinéma...), cette étude convoquera aussi bien les readymades de Marcel Duchamp, les poèmes absurdes de Tristan Tzara que le film discrépant d’Isidore Isou.

Hugo Bernard est doctorant à l’Université Paris Nanterre, au sein de laquelle il rédige depuis 2020 sa thèse La Beauté de détruire : l’invention de la destruction artistique au XXe siècle, sous la direction de Marc Décimo.

12 février - Le sport colonial (fin XIXe aux années 1960) : domination, acculturation et émancipation

Par Pascal Charitas

A la fin du XIXe siècle, les sports modernes émergent en Angleterre puis se diffusent par les élites aristocratiques comme modèle moral, éducatif et de distinction sociale. Ainsi, ils participent à la formation des élites impériales au moment de l’expansion coloniale européenne. Dès lors, les colonisations et colons usent des sports comme des instruments de domination afin de renforcer les idéologies raciale et civilisatrice. Cependant, les sports sont d’abord interdits aux indigènes car jugés subversifs puis ils vont s’y acculturer par désir mimétique. Ainsi, peu à peu, leur pratique du sport participe à leur émancipation par la formation des identités nationales indépendantistes des années 1950 et 1960. Nous illustrerons comment les sports contribuent au double projet impérial et colonial des Empires ; de la domination à l’acculturation et l’émancipation des indigènes.

Pascal Charitas, maître de conférences à l’Université Paris Nanterre (UFR STAPS), membre du Laboratoire ISP (Institut des Sciences sociales du politique, UMR 7220). Historien du sport et de l’olympisme, ses travaux portent sur le sport colonial/postcolonial, les relations sportives franco-africaines, le sport dans les relations internationales et les Jeux régionaux.

19 février - Éthiopie, les rimes de la guerre

Par Katell Morand

« La musique adoucit les mœurs », dit l’adage. Pourtant, les exemples ne manquent pas de son utilisation à des fins violentes : des Balkans à la Sierra Leone, de la guerre en Irak aux cartels mexicains, la musique semble se faire régulièrement l’outil de la propagande et de l’embrigadement. Tout autant qu’à la paix, elle aide à la guerre. Mais que faire de ce constat ? Comment penser les relations entre musique et violence ?

Mon objectif dans cette conférence est de montrer comment les ethnomusicologues enquêtent, le type de questions qu’ils et elles se posent, et la façon dont se construit leur savoir. Je discuterai d’un cas spécifique : celui d’une région rurale des haut-plateaux d’Éthiopie, où je travaille depuis vingt ans et qui est actuellement en proie à des conflits armés. Dans ce contexte, de nombreux chants circulent, du front à l’arrière, des funérailles aux téléphones portables des paysans, façonnant le sens de la lutte et incitant les civils à s’enrôler. Que sont ces chants exactement, comment sont-ils écoutés, et d’où vient leur pouvoir ? Au détour de cette présentation, ce seront certaines des questions centrales de l’ethnomusicologie qui seront abordées, des relations entre musique et langage à la nature des émotions et de la communication musicale.

Katell Morand est ethnomusicologue et anthropologue, maîtresse de conférences à l’Université Paris Nanterre. Ses recherches portent sur la poésie chantée, les conflits et la mémoire dans les hauts- plateaux du Nord de l'Ethiopie. Ses recherches sur les enjeux sociaux du fait musical ont fait entre autres l'objet de publications dans les revues L'Homme, Terrain, Les cahiers d’ethnomusicologie ou encore Africa. Elle termine actuellement l'écriture d'un ouvrage à paraître aux éditions de la Société
d'ethnologie.

Mis à jour le 09 janvier 2026